Formation professionnelle: RAPez ! (Réseau Apprentissage Personnel)

C’est en lisant l’excellent article publié dans l‘école branchée de septembre que j’ai eu envie d’écrire cet article qui rebondit un peu lui-même sur mon article précédent. L’article en question a été écrit par trois sommités dans le domaine de la technopédagogie  au Québec que je vous invite à suivre sur Twitter:  @magirard, @millaudrey et @mandreecp

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Nous connaissons tous, les fameuses contraintes budgétaires qui nous sont demandées et encore plus souvent imposées. Ces contraintes ont des conséquences essentiellement sur les services aux élèves MAIS AUSSI sur la formation des enseignants.

J’ai pour ma part été formé pour mon métier d’enseignant de 1990 à 1992 à l’IUFM d’Outreau en France (62). Sauf erreur de ma part, nous sommes en 2015 et depuis le monde a bien changé, non ?

Moi qui pensais ne jamais vivre de changements technologiques significatifs dans ma vie contrairement à mes parents qui découvraient la télé, le téléphone, etc… Bein j’ai été servi avec l’arrivée d’INTERNET ! Tu en voulais du changement, en voilà !

Revenons à nos moutons: quel milieu professionnel n’a pas évolué dans son organisation depuis 1992 à part l’éducation ?
Quel milieu professionnel n’a pas changé plusieurs fois son organisation ? ((organisation spatiale des espaces de travail, organisation hiérarchique, intégration numérique, …)

Il ne suffit pas de mettre des TNI dans les classes pour changer les pratiques pédagogiques car le TNI est bien souvent pour le professeur une extension électronique du cours magistral… Les élèves n’y touchent guère !

Dans mon école, nous avons choisi d’équiper chaque élève d’un TNI individuel, une tablette Ipad. J’écrirai prochainement un article pourquoi Ipad plutôt que … ?

Le monde du travail a évolué ? Le monde de l’éducation n’est pas une réserve !

Le problème, c’est que l’offre de formation est faible (compressions) et que la majorité des enseignants n’ont pas compris que ce n’est plus comme ça que ça marche. Il va falloir s’ajuster et le RAP devient une alternative.

Le principe est simple, prenez en main votre formation professionnelle ! Même si c’est laborieux au début, j’ai plus appris en 4/5 ans d’utilisation et de réseautage Twitter qu’en 18 ans de formation pédagogique homéopathique !

Je proposerai dans un prochain article la liste de mes 10  coups de coeur Twitter pour l’auto-formation pédagogique  et vous invite à lire le numéro de septembre de l’école Branchée !

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Y a-t-il des freins Jacob en éducation ?

Ah le son mélodieux des freins »Jacob », les soirs d’été, au merveilleux camping du Bic 🙂


J’avais oublié le doux son de ce type de freinage pour les très gros camions, surtout de nuit ! C’est peut-être efficace mais plutôt bruyant pour mes oreilles choralesques !

Wikipédia écrit ceci à propos du fonctionnement. (1)

« Un frein par compression est un dispositif qui agit sur les soupapes d’un moteur Diesel pour améliorer l’effet du frein moteur.  »
J’ai un naturel taquin alors l’analogie entre l’éducation et les freins Jacob a été facile puisque les deux fonctionnent par compressions multiples 🙂 . (Surtout en ce moment au Québec…)

Sérieusement,  j’ai essayé de lister quelques freins au changement de paradigme en éducation ( 2)

Voici donc mon catalogue de freins Jacob en vrac. 

Avertissement : Ce catalogue n’a absolument pas pour objectif d’être exaustif !

  • Les freins institutionnels: l’éducation est un système lent, lourd, autrefois qualifié de mammouth par un ministre français. Tout changement mérite Nécessairement réflexion, concertation, consultation pour qu’au terme du processus, il n’y en ait aucun ou presque car plusieurs acteurs veulent que rien ne change ( industrie du manuel scolaire, corporatisme syndical, organisation ancestrale du cursus , prestige du diplôme, etc… ) Ce système a besoin de temps pour décider, valider, institutionnaliser et faire redescendre les programmes vers les enseignants qui eux-mêmes devront les mettre en place. Cette lenteur est à l’opposé de l’évolution de la société. Ainsi, évaluer la pertinence d’ajustements de programmes, de changements de modes d’évaluation, de pratiques pédagogiques peut prendre des lustres (cf la réforme au Québec, entre la théorie et la pratique, il y a eu bien des camions au Bic!). Je lisais encore ces jours-ci sur Twitter des échanges savoureux entre des enseignants qui préconisaient le fonctionnement traditionnel papier/ crayon/ cours magistraux sous prétexte que ça avait fait ses preuves ça au moins et qu’il y avait plein de recherches pour l’avalyser, contrairemement au numérique etc…
  • Les freins organisationnels: la plupart des directions d’école sont complètement débordées et occupées à faire fonctionner l’école minimalement bien et éventuellement pas pire. Les enseignants techno-réfléchis (3) dont j’essaie de faire partie ont des pratiques qui les destabilisent car eux-mêmes ne connaissent pas toujours les outils ou les choix pédagogiques derrière ces outils mais ont à gérer l’après-vente auprès de parents inquiets (cf les phobies des réseaux sociaux en classe)
  • Les freins technologiques: ça bouge et ça change tout le temps et ça continuera ! Qu’on le veuille ou non. Chaque application aujourd’hui indispensable peut disparaître après-demain et être remplacée par une plus-mieux. Ne parlons pas du matériel et de l’obsolescence programmée des appareils, systèmes d’exploitation, piles, contrats, etc…
  • Les freins professionnels des enseignants: Très souvent, les enseignants attendent d’être formés par leur institution, ce qui est légitime mais insuffisant à mon sens. Personnellement, j’ai appris plus en 4/5 ans d’utilisation de Twitter qu’en 23 années de formations homéopathiques réparties dans le temps et sans application concrète de retour en classe. Là aussi, il y a/aura un changement de paradigme à opérer. Il faut/faudra prendre en main de plus en plus son auto-formation, son auto-déformation et son auto-transformation.
  • Les parents: tous ces bouleversements les insécurisent. Les repères volent en éclats et il faut construire une image de bon parent 3.0 souvent à partir de rien. Et puis il y a les  » Mais ce sont des gadgets » ou les  » j’ai bien appris sans ça et je m’en suis ( très bien) sorti, regardez qui je suis devenu ! ». Par tradition, le travail scolaire doit être pénible et laborieux, c’est d’ailleurs à cela qu’on le reconnaît alors si les enfants ont du plaisir, c’est qu’ils ne travaillent pas ! Les parents cherchent  donc à retrouver des repères ( devoirs, leçons par coeur, la répétition, …) et l’école doit accompagner les parents. Pourquoi ne pas les inviter à venir se former aux usages numériques afin de développer leur sentiment de confiance envers l’école 3.0 ? (Cf l’excellent travail effectué par le collège St-Jean Vianney à Montréal)
  • Les freins politiques: Dans ses rubriques au journal La Presse cet été, Patrick Lagacé faisait le bon constat: Si l’école était importante (série de 5 chroniques intéressantes à retrouver sur La Presse+). Il y a eu aussi plusieurs interventions sur les plateaux télé ces dernières semaines (Pénélope McQuade)
  • Les freins financiers: tout ceci coûte cher (cf freins politiques). Matériel, obsolescence, wifi, formation des profs, soutien technique, bris, vol, etc..

A y regarder de près, ça freine pas mal finalement et les chauffeurs qui actionnent les pédales font aussi beaucoup de bruit en caricaturant sans cesse les technopédagogues.
Ce n’est pas parce qu’on utilise des supports que les autres outils disparaissent (cahiers, ardoises, tableaux verts, blancs, numériques… Varier les supports, varier les situations d’apprentissages, créer, partager, produire, etc.   pour que l’école ne ressemble pas à cela : « Longtemps, je me suis ennuyée à l’école » (5)

  
Moi aussi, je me suis ennuyé ! 
Crédits photo :

(1) https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Frein_par_compression

(2) Ken Robinson:

(3) Thierry Karsenti

(4) Patrick Lagacé,

(5) http://tempsreel.nouvelobs.com/education/20150826.OBS4776/longtemps-je-me-suis-ennuyee-a-l-ecole-amusant-et-accablant.html

http://plus.lapresse.ca/screens/50b92407-eb2c-4494-9620-88ccfdd280cd%7C_0.html

Gestion de classe numérique: »Ask 3 before me »


La gestion de classe numérique est un des principaux défis, c’est certain. Parallèlement, un des objectifs de l’utilisation du numérique en éducation est de développer la collaboration.
Alors, pourquoi ne pas faire les deux en même temps ?

il n’y a pas le choix, il va falloir collaborer pour survivre. Le prof ne peut pas tout savoir, connaître toutes les applications, répondre à tous les bogues que connaissent ou inventent les élèves.
Je ne sais plus trop comment, je suis tombé sur cette stratégie qui consiste à demander à 3 personnes avant de demander l’aide du prof mais ça marche et même très bien !!! J’explique aux enfants le principe et à chaque fois qu’un enfant me pose une question à laquelle un autre élève pourrait répondre, je lève la main en lui montrant mes 3 doigts. Après quelques jours, l’habitude est prise et les élèves s’entraident.

Certains élèves deviennent des experts reconnus par les autres et ce ne sont pas toujours les meilleurs élèves au plan académique ou les plus sportifs ! Ça laisse une nouvelle place pour être valorisé et reconnu par ses pairs en plus de laisser l’enseignant enseigner et ne pas tout contrôler sans cesse !

Crédits image: http://wefollowpics.com/ask-3-before-me/

Mesurer l’immesurable, le fameux changement ! @magirard @zecool

Je lis pas mal de choses à ce sujet, notamment du côté québécois. Lors d’un récent voyage, j’ai lu et relu un excellent ouvrage sur la question du changement en éducation écrit par Marc-André Girard : Le changement en milieu scolaire québécois, c’est possible. Bien évidemment, tout ce qui y est décrit est intégralement transposable au système français (très conservateur) car comme dirait ma blonde:  » Où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie »

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Le changement en milieu scolaire québécois permet de démystifier plusieurs comportements, attitudes et situations liés au changement dans le monde de l’éducation en se référant à différents modèles issus de la philosophie, des sports, en passant par diverses théories scientifiques. Pour ceux qui croient que le changement est souvent difficile, voire impossible, l’auteur démontre le contraire et propose différents moyens d’introduire le changement dans son école en étant des agents positifs du changement.

En parallèle, je lis régulièrement les articles de Jacques Cool, dont celui-ci consacré au changement. L’image qu’il utilise résume assez bien la situation dans tous les milieux professionnels mais particulièrement en éducation. Je pense même reconnaître quelques visages 🙂

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ans notre établissement, nous avons un plan numérique 1:1 depuis 3 ans avec des tablettes. J’ai donc été très intéressé par cet article de Marc-André Girard (encore lui!) paru dans le Huffington Post Québec : Les tablettes électroniques en classe ou les espoirs d’un remède miraculeux. 

J’en viens (enfin) à mon point: Avoir des élèves en classe avec une tablette sur le bureau, bein ça change pas mal de choses dans la vie quotidienne de tout le monde: gestion de classe bien différente, organisation spatiale de la classe repensée (le rang d’oignons ne favorise pas trop le développement de l’oignon en question), rôle et posture du prof (si vous restez confortablement installé dans votre posture naturelle, sous-entendu à parler trop devant le tableau, vous allez vous en faire passer des vertes et des pas mûres),  type de travaux demandés (podcasts, vidéos, tutoriels, corrigés d’exercices, …) , responsabiliser les élèves à des usages citoyens mais aussi académiques de l’internet, développement du sens critique, et cæteri, et cætera…

magirard

Cette année encore, nous avons eu l’éternelle question de la mort qui tue, à savoir : Est-ce que la tablette électronique a une incidence sur le rendement des élèves ? (cf titre article précédent)

Pour y répondre, nous avons invité deux chercheurs universitaires à venir nous voir en classe et à analyser nos pratiques, Catherine Lanaris (UQO) et Thierry Karsenti (UDM). Ces deux chercheurs ont fait des recherches très différentes. Catherine a réalisé des entrevues de classes et de longues entrevues individuelles (les 3 enseignants et une dizaine d’élèves) alors que Thierry réalisait un sondage élèves et un sondage parents, dans le cadre d’une recherche beaucoup plus large avec plusieurs écoles et plusieurs milliers d’élèves.

Ce qui ressort de tout ça, c’est que le quantitatif est bien difficile à mesurer, on aura une idée de cela dans quelques années ALORS QUE le qualitatif est facilement mesurable (intérêt des enfants pour la chose scolaire, gestion des différences d’apprentissage, engagement des élèves dans les projets, nombreuses publications pour être vu des autres (pas seulement du prof qui corrige et annote. Une vidéo d’une de mes élèves dans le cadre du projet  » J‘ai une minute pour te persuader de lire ce livre a été vue plus de 11 000 fois sur Youtube en un an, soit à peu près 10 999 fois plus que si elle m’avait remis un travail papier qui serait resté entre elle et moi. Au passage, comme elle ne trouvait pas d’ambiance sonore qui correspondait à ce qu’elle voulait dans Imovie, elle a posé son Ipad sur le piano et enregistré la trame sonore…)

Alors oui, parlons du plaisir d’être en classe! Le prof a plaisir à offrir des activités variées,  à se renouveler, à chercher sans cesse de nouvelles choses, bien loin du cahier jauni de préparation utilisé d’année et années. L’élève est en classe mais en contact avec la vraie vie. L’école n’est pas un monde à part, une réserve. Il lit chaque matin un ou plusieurs articles de presse (1 jour / 1 actu ), il commente, il confronte les autres, on discute. L’élève s’implique mieux dans des tâches pour de vrai que dans des tâches dans lesquelles on lui demande de jouer implicitement de jouer le jeu de l’école en faisant plaisir à son prof et à papa/maman.

La plus-value est donc essentiellement qualitative en attendant la mesure du quantitatif. Un prof heureux, motivé, impliqué qui tient compte de la diversité des élèves, de la variété des situations d’apprentissage maintenant possibles dans une classe (son, images annotées, vidéos, …). Le plaisir à l’école, c’est contagieux !

UN CHERCHEUR QUI CHERCHE

En avril 2015, j’ai eu la chance de recevoir dans ma classe une équipe de chercheurs assistée par un caméraman. La chance oui, car on a bien peu souvent l’occasion de montrer tranquillement comment on travaille avec nos élèves au quotidien en-dehors des inspections pédagogiques qui sont souvent mal vécues.
J’ai été impressionné par la façon dont Thierry Karsenti intéragit avec les élèves. Pas de baratin de l’enseignant ou très peu, il va directement vers les élèves et leur pose des questions sur lesquelles il rebondit en jouant à celui qui ne comprend pas trop et qui voudrait qu’on lui montre comment faire. A ce petit jeu, un de mes élèves lui a montré comment publier sur ChallengeU et à la fin de sa démonstration, il lui a dit : « Tu vois, c’est facile, même toi tu pourrais le faire ! ».

Bref, des échanges enrichissants étayés d’exemples concrets. Ouvrons nos classes aux chercheurs. Je crois si seulement 50% de ce que préconisent les chercheurs sur la façon dont les élèves apprennent était mis en place, le système éducatif irait bien mieux. Nos chercheurs cherchent mais quand ils trouvent, on ne suit pas leurs recommandations. Pas d’allure !

(attention mp4 donc fichier de super qualité mais lourd)

Médias sociaux et éducation

Bien des établissements scolaires ont du mal à définir une vraie politique sur les réseaux sociaux. Méconnaissance, peur, manque d’intérêt personnel et professionnel. Il y a une vraie réflexion à mener pour l’intégration de ces réseaux dans la perspective du changement de paradigme dans l’éducation (cf vidéo de Ken Robinson).

Cette vidéo publiée par le RÉCIT (que je vous recommande hautement)

Un projet remarquable

Projet ornithologie CM2

Chaque élève devait choisir un oiseau vivant au Canada et devenir un spécialiste de cet oiseau afin de le présenter en réalisant une vidéo (2 min minimum). Pour cela, ils devaient:

  • Chercher des informations et les valider (ne pas prendre pour acquis ce qui se trouve sur internet)
  • Chercher si possible des ressources libres de droits
  • Construire une bibliographie/sitographie
  • Utiliser un plan de montage avant de passer à la production
  • Obtenir une bonne qualité de son.
  • Réaliser un montage avec I-movie tout en utilisant si besoin d’autres applications (apps smashing)
  • Publier la vidéo dans http://challengeu.com et poser des questions aux autres élèves de la classe suite au visionnement.
  • Corriger les réponses des camarades.
  • Waouh ! Bravo Guillaune

Erreurs fréquentes quant à l’utilisation d’Ipads en classe

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article complet ( en anglais)

Pour les avoir expérimentées, les erreurs 1, 3, 5 et 6 me semblent particulièrement pertinentes.

MISTAKE ONE – Underestimate the power of the iPad
MISTAKE TWO – Neglect to make real world connections
MISTAKE THREE –The iPad alone will not help kids think deeply
MISTAKE FOUR – Treating the iPad like a computer
MISTAKE FIVE – Not taking advantage of the mobility of the device.
MISTAKE SIX – Sharing iPads between classes
MISTAKE SEVEN – Resistance to change
MISTAKE EIGHT – Over use of ebooks